Soutien aux Armées de Jacques Peyrat, ancien Commissaire de la Défense Nationale à l’Assemblée Nationale et au Sénat.

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Le démantèlement de l’institution militaire arrive à son terme. Infiniment plus que l’actuelle disette budgétaire, la fin de la guerre froide, les impératifs de l’Etat providence et la volonté des post modernes d’en finir avec le fracas des armes, ont été les abrasifs les plus puissants pour réduire en moins d’un demi siècle, l’armée française à l’état d’échantillon. La force militaire est passée dans le silence et la dénégation, du statut d’institution régalienne majeure à celui d’une simple société de services que l’on rémunère à la tâche.

Le couronnement de cette efficace entreprise de démolition a été de placer la haute hiérarchie aux ordres d’une administration civile de défense qui prospère sans frein, au prétexte de recentrer les militaires sur leur cœur de métier. Le soldat ravalé à la fonction d’homme de peine de la République est prié de verser son sang dans le silence et l’indifférence en se soumettant aux règles strictes d’un devoir d’Etat pourtant largement déserté par ceux censés le faire respecter.Ce désastre consommé ne peut plus être confiné sous l’éteignoir d’un devoir de réserve de la grande muette, caution hypocrite et confortable à la disposition de tous les habiles pour esquiver dans le confort de la chose publique leurs responsabilités envers la Nation.

C’est en effet une grande faute que de sacrifier le bras armé de la France au gré des idéologies de rencontre et de quelques embarras financiers.

C’est une faute en regard du monde tel qu’il s’organise et dont chacun sait qu’il réservera de fâcheuses surprises. L’absence actuelle de menace militaire majeure n’est qu’un simple moment de l’histoire. Son calme apparent ne doit pas masquer les reconfigurations géopolitiques qui marginaliseront, pire élimineront sans pitié les nations au moral défaillant.

C’est une faute vis-à-vis de la sécurité des Français de faire ainsi disparaître un pilier majeur de la capacité de résilience du pays face à une éventuelle situation de chaos, dont nul ne peut préjuger du lieu, l’heure et la nature. Pour y faire face, seule une force armée peut et doit offrir les moyens suffisants, servis par des hommes et des femmes structurés par des valeurs puissantes du devoir et de l’obligation morale.

C’est une faute d’éliminer une des institutions qui fabrique ce lien dont la France a un urgent besoin face à l’action déterminée des forces centrifuges au service d’intérêts particuliers et communautaristes.

Il est donc plus que temps de rétablir la puissance et l’efficacité d’une institution d’Etat pour le dedans et pour le dehors, et de permettre à la France de se remettre à penser en termes de risques et de puissance stratégique. Elle en a les moyens. Elle doit le faire sans l’attendre d’une Europe inexistante en terme militaire, ou d’une soumission transatlantique délétère, voire de plus en plus illusoire.

Les voies et moyens pour rétablir une institution désormais comateuse sont multiples et divers. Ils n’attendent qu’une impulsion réparatrice après des décennies de mesures irresponsables. Ils ne pourront cependant faire l’économie d’un certain nombre de dispositions dont l’abandon et le travestissement ne sont plus acceptables.

Un budget décent d’abord qui permette à nos soldats de disposer de l’entraînement et des équipements nécessaires, et au politique de s’engager sans le soutien déterminant des Etats-Unis, tout en évitant le stupide tout ou rien nucléaire.

Des hommes et des femmes en nombre suffisant. Rien d’efficace et de durable ne peut se faire sans des effectifs capables de marquer dans la durée, sur et hors du territoire national, la volonté et la détermination de la Nation.

Une organisation des forces parfaitement univoque, tout en faisant la répartition qu’il convient entre des professionnels en nombre suffisant et des citoyens en armes qui doivent impérativement revenir au centre de notre dispositif sécuritaire et identitaire.

Une répartition équilibrée, entre l’exécutif et le Parlement, des responsabilités qu’autorise la Constitution, laissant au militaire le devoir d’exercer librement son conseil, tout en administrant et mettant en œuvre les forces autrement que par le canal malsain d’une administration de défense d’autant plus intrusive qu’elle se sait irresponsable.Il est grand temps de rénover et de renouveler le contrat de confiance de la République avec ses soldats. S’il n’est pas trop tard, il devient urgent de lui redonner la vigueur indispensable sans qu’il soit besoin de recourir à des formes de représentation qui, bien qu’étrangères à notre culture militaire, pourraient s’avérer, un jour peut être proche, le seul moyen pour nos soldats de se faire entendre.

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